Le secret professionnel de l’avocat exige non seulement une protection juridique, mais aussi une protection technique et cyber concrète. Aujourd’hui, des informations confidentielles peuvent être obtenues au moyen de microphones cachés, dictaphones, caméras, dispositifs de transmission de données à distance ainsi que de logiciels malveillants. Il est donc important pour l’avocat de comprendre les principaux moyens d’obtenir clandestinement des informations et d’organiser son travail de manière à réduire le risque de fuite de données le concernant ou concernant son client.
Obtention clandestine d’informations : officielle et non officielle
Il convient de distinguer l’obtention clandestine d’informations selon sa nature. D’une part, certaines mesures sont mises en œuvre par des autorités habilitées dans le cadre d’actes d’enquête clandestins (de recherche) ou d’activités opérationnelles de recherche. D’autre part, il existe l’obtention non autorisée d’informations par des personnes privées.
C’est précisément ce second volet qui constitue un risque pratique distinct pour les avocats et leurs clients. Il peut s’agir d’espionnage commercial, de conflits privés, d’intérêts concurrentiels ou de ce que l’on appelle une surveillance amateur. Il n’est pas nécessaire, pour cela, d’utiliser du matériel professionnel sophistiqué. Le marché propose un grand nombre de dispositifs peu coûteux capables d’enregistrer du son ou de la vidéo, de stocker des informations ou de les transmettre à distance.
Dans le cadre de cet article, l’accent est donc mis principalement sur la protection contre les moyens physiques d’obtention clandestine d’informations susceptibles d’être utilisés par des tiers contre un avocat ou son client.
Comment fonctionnent les moyens d’obtention clandestine d’informations
La fonction principale de ces dispositifs est d’obtenir des informations audio ou vidéo à l’insu de la personne surveillée. Techniquement, ils peuvent fonctionner selon plusieurs scénarios principaux.
Enregistrement autonome. Le dispositif enregistre le son ou la vidéo et conserve les informations obtenues dans sa propre mémoire. Dans ce cas, la personne qui l’a installé peut avoir besoin d’y accéder physiquement une nouvelle fois pour récupérer l’enregistrement.
Transmission en temps réel. Le dispositif capte un signal audio ou vidéo et le transmet immédiatement via un canal de communication disponible. Dans ce modèle, l’auteur n’a pas nécessairement besoin de revenir régulièrement au dispositif pour récupérer les enregistrements.
Mode combiné. Le dispositif peut à la fois stocker les informations dans sa mémoire interne et les transmettre à intervalles déterminés. Il peut, par exemple, accumuler les données pendant la journée puis les envoyer vers une ressource distante.
Pour l’avocat, il est important de comprendre que l’absence de transmission manifeste d’un signal ne signifie pas qu’il n’existe aucun dispositif d’enregistrement. Un appareil peut fonctionner de manière autonome et conserver les informations en interne. Voir également la recherche de micros-espions et de caméras cachées.

L’accès physique comme l’un des principaux risques
Pour installer un dispositif caché dans un local ou un véhicule, un tiers a souvent besoin d’un accès physique, même bref. Il est donc pertinent de commencer la protection du secret professionnel de l’avocat par le contrôle des accès aux lieux où se déroulent des conversations confidentielles.
Un dispositif peut être installé dans un véhicule en l’absence de son propriétaire. De même, il peut être laissé dans un bureau, une salle de réunion ou un autre local. Dans certains cas, un moyen technique peut être apporté par un visiteur, laissé dans les locaux ou raccordé à une source d’alimentation.
C’est pourquoi un véhicule dans lequel un avocat mène des entretiens ou discute de questions confidentielles doit lui aussi être protégé contre les accès non contrôlés.
Il est conseillé d’utiliser des systèmes de sécurité modernes et des solutions qui compliquent l’accès non autorisé au véhicule. Il est important de contrôler les clés et de savoir qui peut accéder à l’habitacle, et dans quelles conditions, en l’absence du propriétaire.
L’objectif de cette protection ne se limite pas à empêcher le vol du véhicule. Il est tout aussi important d’éviter qu’un tiers dispose de suffisamment de temps pour pénétrer discrètement dans le véhicule et y laisser un moyen technique d’obtenir des informations. Pour un contrôle pratique du véhicule, voir : comment trouver un traceur GPS ou un dispositif d’écoute dans une voiture.

Protection des locaux et contrôle des accès répétés
Bureau et salle de réunion
Le même principe s’applique au bureau ou à tout autre local dans lequel l’avocat travaille avec ses clients. Il est souhaitable de protéger ce type de lieu au moyen d’un système de contrôle d’accès, d’une alarme et d’une vidéosurveillance. L’objectif principal de ces mesures est d’empêcher l’intrusion non contrôlée de tiers en l’absence de l’avocat.
Si l’accès aux locaux n’est pas contrôlé, un tiers peut potentiellement entrer dans le bureau, y laisser un dispositif d’enregistrement, le raccorder à une source d’alimentation et le dissimuler parmi les objets présents.
Il est donc important pour l’avocat de savoir qui a accès à son espace de travail, qui peut y entrer en son absence et s’il est possible d’établir qu’une telle visite a eu lieu. Dans ce contexte, le contrôle d’accès constitue l’un des niveaux fondamentaux de protection technique du secret professionnel. Voir également la checklist de protection d’une salle de réunion.

Accès répété de personnes extérieures
Il convient également de prêter attention aux personnes qui, sans raison claire, entrent fréquemment dans les locaux ou tentent d’y obtenir un accès répété. Cela peut être pertinent en raison du fonctionnement des dispositifs d’enregistrement autonomes.
Si un dispositif portable fonctionne sur batterie, il doit au bout d’un certain temps être rechargé, remplacé ou récupéré. Si les informations sont uniquement stockées dans la mémoire interne, le dispositif peut également devoir être retiré physiquement par la suite pour récupérer les enregistrements. La personne qui a installé ce type de moyen peut donc, dans certaines situations, être contrainte de revenir à son emplacement.
Une visite répétée ne signifie évidemment pas, à elle seule, une tentative d’obtention clandestine d’informations. Toutefois, lorsqu’il est question de secret professionnel de l’avocat, il est important de savoir qui accède aux locaux, quand et dans quel but.
Protection acoustique et environnement contrôlé
Protection vibroacoustique des négociations
Un autre axe de protection consiste à utiliser des méthodes vibroacoustiques et acoustiques. Il s’agit de dispositifs spéciaux qui, au moyen d’un bruit acoustique ou d’une action vibratoire, créent des perturbations supplémentaires visant à compliquer l’obtention d’informations vocales.
Leur fonction principale est de compliquer, pour un moyen technique tiers, l’obtention d’un signal propre et intelligible provenant des locaux. Ce type d’équipement peut être utilisé dans les lieux où des négociations confidentielles se tiennent régulièrement, notamment dans les cabinets d’avocats et les salles de réunion.
La protection vibroacoustique doit toutefois être considérée comme l’un des éléments d’un système de sécurité. Son efficacité dépend du local concret, du mode d’obtention des informations, du placement de l’équipement et des caractéristiques des moyens techniques contre lesquels il faut se protéger. Le simple fait de générer un bruit acoustique ne suffit donc pas à considérer les négociations comme totalement protégées. Voir également les canaux acoustiques de fuite par un mur, une fenêtre ou la ventilation.
Environnement contrôlé
Lors du choix ou de la location de locaux destinés au traitement d’informations confidentielles, il est important de ne pas considérer uniquement le bureau lui-même, mais aussi son environnement. Cette approche peut être décrite par la notion d’environnement contrôlé.
Il est souhaitable que l’avocat sache quels locaux se trouvent au-dessus, au-dessous et de part et d’autre de son bureau ou de sa salle de réunion. Il est important de savoir qui les utilise et dans quelle mesure des tiers peuvent s’approcher du lieu où se tiennent les conversations confidentielles.
L’idée d’un environnement contrôlé consiste à comprendre autant que possible l’espace autour des locaux. Un risque technique potentiel peut apparaître non seulement à l’intérieur du bureau lui-même. Les locaux adjacents, les murs mitoyens ou d’autres éléments structurels peuvent permettre de rapprocher un équipement technique de l’endroit où se déroulent les négociations.
Lors du choix d’un bureau, il est donc important d’évaluer non seulement son confort ou son emplacement, mais aussi le degré de contrôle de l’espace qui l’entoure.
Moyens spéciaux et négociations hors du bureau
Pour les négociations les plus sensibles, des moyens personnels spécialisés de protection acoustique peuvent être utilisés. Il s’agit d’équipements employés directement pendant la conversation et qui agissent sur le signal vocal de l’utilisateur. Ces dispositifs peuvent créer un fond acoustique supplémentaire ou modifier d’une autre manière les conditions dans lesquelles un appareil tiers tente d’enregistrer la parole.
L’objectif principal de ce type d’équipement est de rendre plus difficile l’obtention d’un enregistrement de qualité, exploitable pour une analyse ultérieure. Cette approche peut être particulièrement pertinente lorsque le contenu des négociations présente un haut niveau de confidentialité et que le risque d’un enregistrement par un tiers est jugé élevé.
Il ne faut toutefois pas considérer un tel dispositif comme une garantie absolue qu’un enregistrement ou une analyse ultérieure de la voix seront impossibles. Le résultat dépend des caractéristiques de l’équipement concret, des conditions de son utilisation et du procédé d’enregistrement employé.
Une autre recommandation pour les conversations particulièrement confidentielles consiste, dans certains cas, à sortir du lieu habituel. Si les sujets les plus sensibles sont toujours discutés dans le même bureau ou le même véhicule, cela crée un endroit prévisible dans lequel un dispositif d’enregistrement peut potentiellement être installé à l’avance.
Tenir certaines conversations en extérieur réduit le risque lié à un dispositif préalablement dissimulé dans un local précis. Mais même dans ce cas, il est impossible de parler de sécurité absolue : il existe des moyens distants d’obtenir des informations acoustiques. Le principe essentiel est que l’avocat doit comprendre de quelle manière précise une information peut être obtenue dans un lieu donné et évaluer le risque en conséquence.
Protection du client, cyberrisques et approche globale
La protection du client comme composante du secret professionnel de l’avocat
Toutes les mesures mentionnées concernent non seulement l’avocat lui-même. Les informations confidentielles naissent dans le cadre des échanges entre l’avocat et son client ; la sécurité technique doit donc couvrir les deux participants à la conversation.
Si les négociations ont lieu dans un environnement contrôlé mais qu’un appareil capable d’enregistrer ou de transmettre des informations se trouve à proximité du client, la menace pour la confidentialité demeure. Il est donc pertinent que l’avocat veille non seulement à sa propre sécurité technique, mais explique également à ses clients pourquoi, lors de conversations particulièrement importantes, il faut prêter attention aux appareils électroniques présents à proximité.
Les moyens physiques ne sont qu’une partie du problème moderne
Dans cet article, l’accent est principalement mis sur la protection technique des informations contre les dispositifs physiques capables de capter des données audio et vidéo. Il est toutefois important de comprendre que les menaces contemporaines ne s’y limitent pas.
Les logiciels malveillants présents sur un smartphone, un ordinateur, un téléviseur ou un autre appareil électronique constituent un risque tout aussi actuel. Si un tel logiciel obtient l’accès au microphone de l’appareil, il peut potentiellement l’utiliser pour capter des informations audio sans qu’un microphone physique distinct soit installé dans les locaux.
Les informations obtenues peuvent ensuite être transmises à un serveur distant ou à une autre infrastructure contrôlée par un tiers. Dans une telle situation, c’est en réalité l’appareil ordinaire utilisé quotidiennement par l’avocat ou son client qui joue le rôle de moyen clandestin d’obtention d’informations.
Protection technique des informations et cybersécurité
C’est pourquoi il est aujourd’hui difficile de considérer séparément la protection technique des informations et la cybersécurité. La sécurité physique des locaux peut être correctement organisée, mais rester insuffisante si l’un des appareils qui s’y trouve est compromis au niveau logiciel.
Inversement, un smartphone ou un ordinateur sécurisé n’élimine pas le risque qu’un dispositif physique destiné à obtenir des informations se trouve dans les locaux. Ces deux axes se situent donc en pratique sur un même plan et doivent être traités de manière globale.
Il est important pour l’avocat de comprendre l’évolution des technologies modernes, de connaître les principes fondamentaux des menaces techniques et de tenir compte du fait que les méthodes d’obtention clandestine d’informations évoluent constamment. Cela concerne aussi bien la sécurité de l’avocat que celle de ses clients.
Conclusion
La protection du secret professionnel de l’avocat dans les conditions actuelles exige de comprendre par quels moyens techniques précis des informations confidentielles peuvent être obtenues. Des dispositifs physiques peuvent enregistrer de l’audio ou de la vidéo, conserver les informations dans leur mémoire interne, les transmettre en temps réel ou le faire périodiquement.
Il est donc important pour l’avocat de contrôler l’accès physique au véhicule et aux locaux, d’utiliser des systèmes de sécurité, de prêter attention aux accès répétés de tiers, d’évaluer l’environnement, d’employer des méthodes de protection acoustique et vibroacoustique lorsque cela est nécessaire et de choisir de manière responsable le lieu des conversations particulièrement confidentielles.
La sécurité technique ne concerne cependant pas uniquement l’avocat, mais aussi son client. Tout appareil non contrôlé situé à proximité pendant les négociations peut potentiellement créer un risque supplémentaire pour la confidentialité.
Il faut également garder à l’esprit qu’une menace moderne ne se trouve pas uniquement dans un microphone ou une caméra cachés. Un téléphone, un ordinateur, un téléviseur ou un autre appareil électronique compromis au niveau logiciel peut lui aussi être utilisé pour obtenir des informations.
C’est pourquoi la protection technique des informations et la cybersécurité constituent aujourd’hui, dans les faits, des composantes d’un même système. Il est important pour l’avocat de comprendre le fonctionnement des menaces modernes, de suivre l’évolution des technologies et de veiller à sa propre sécurité, à celle de ses clients et à la protection du secret professionnel.
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